
Faut-il s’acclimater ?
Découvrez l’éditorial d’Alvin Sold, président des Rencontres européennes de Luxembourg :
Après ce long été torride, la question se pose évidemment?
Que signifie, au sens propre, le verbe acclimater, chère IA? – „Adapter un être vivant (plante, animal ou humain) à un nouveau milieu ou un climat différent“, répondez-vous en citant Le Robert. Compris. Si la surchauffe de 2026 ne fut pas une anomalie éphémère mais le basculement dans un nouveau climat pérenne, „nous“ (les Européens) devrons nous y adapter. Nous acclimater.
Ou faire comme les autres ? Climatiser?
Ailleurs, c’est déjà fait. En Chine, où le nombre des unités de climatisation varie, selon les sources, entre 569 et 905 millions d’unités, 60 à 79% des foyers en posséderaient au moins une. Aux USA, le taux de couverture est de 90%, soit 374 à 422 millions d’unités. Le Japon et la Corée du Sud battent les Etats-Unis avec 91 à 93% des ménages dûment rafraichis. Les Émirats arabes et Singapour font encore mieux, avec 99%.
– Rassurez-vous cher lecteur, je vais m’arrêter là, renonçant à détailler, par exemple, les incroyables exploits de l’Arabie saoudite et des métropoles américaines. En Europe, les fabricants d’engins soufflant le froid se réjouissent car un marché formidable va s’ouvrir; même les pays les plus avancés en la matière, l’Italie et la Grèce, n’en sont qu’à 50% des foyers, l’Allemagne déclare 3%, la France 25, le Royaume Uni 16, „la dynamique est très forte“, tout est pour le mieux dans le monde des affaires.
Et les prix de l’énergie? Une aubaine, non seulement pour les méga-groupes mais aussi pour les fournisseurs domestiques. Les tarifs montent, ils voleront de pic en pic, il y aura pénurie d’électricité évidemment, l’on construira vite des centrales nucléaires et des raffineries de pétrole, le gaz fêtera son come-back (souriez M. Poutine) et peut-être aussi le charbon car, n’est-ce pas, les canicules fatiguent, tuent la joie, rendent malade, il faut l’air frais, un point c’est tout. Pendant ce temps-là, pendant ce temps où les dirigeants européens palabreront à l’infini de la coordination des politiques pouvant impacter le climat dans le bon sens, les grandes puissances iront droit à leurs buts géopolitiques, laissant les nations européennes discutailler.
Quels sont ces buts géopolitiques? Un partage „raisonnable“ du monde en zones d’influence économiques et financières, militaires, culturelles. On s’y acclimatera (ici, le verbe prend son sens figuré: habituer quelqu’un à de nouvelles conditions de vie) bon gré mal gré.
L’Europe, parce qu’incapable de se doter des structures politiques permettant la coordination rapide et ciblée des immenses ressources intellectuelles et matérielles des 27 États membres de l’Union actuelle (démographie, technologie, recherche, sciences, éducation, formation, projets sociaux, culture, équipements collectifs, sécurité extérieure et intérieure, approvisionnement en matières premières, aménagement des territoires, urbanisme, énergie climat, etc. etc.) n’est pas la force motrice qu’elle pourrait être. Qu’elle devrait être avec son histoire plurimillénaire riche de tant d’enseignements à partager pour le plus grand bien des générations montantes! L’Europe n’est pas, n’est plus associée aux chantiers géopolitiques mondiaux parce que les Américains et les Chinois, notamment, lucides observateurs des forces et des faiblesses, voient en elle un marché, et non un égal, ni un partenaire.
Il ne sert à rien d’égrener les mille et une raisons qui expliquent la non-existence de l’Europe politique 81 ans après la Seconde Guerre mondiale, ni les mille et deux raisons qui expliquent l’échec des politiques nationales. Les erreurs des „grands hommes“ d’hier conduisent aujourd’hui au rétrécissement des partis traditionnels et à la montée des mouvements populistes, donc à l’affaiblissement de la démocratie. „Les choses étant ce qu’elles sont“ nous devrions nous acclimater très probablement avec l’éviction définitive des Européens de la scène mondiale.
A moins que …
A moins que l’on ne trouve en nous l’énergie et l’audace mobilisatrices qui dirigeront vers une fédération européenne, vers l’État européen idéal, un État moderne, juste, social, ouvert à l’innovation sociétale, armé, puissant et donc garant de la paix et de la sécurité, réputé et apprécié pour sa fiabilité et son aide aux pays démunis.
Refusons l’acclimatation.
