Vers une déclaration européenne d’indépendance

L’Union européenne (UE) et l’Europe entière sont confrontées à des défis sans précédent, à un moment où l’ordre multilatéral fondé sur les Nations unies est constamment remis en cause.

La guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine et l’attitude de Trump à l’égard de l’Europe, officialisée par sa « Stratégie de sécurité nationale » (NSS), constituent des menaces existentielles pour l’avenir de la démocratie européenne, de nos valeurs et de nos libertés fondamentales.

Les dirigeants européens doivent défendre fermement nos droits inaliénables qui comprennent la vie, la liberté et la poursuite du bonheur et, pour dissuader les agresseurs, démontrer notre force.

Même si nous aimerions croire que les États-Unis d’Amérique restent nos alliés, les déclarations publiques du président Trump et des membres de son administration montrent clairement que les concessions unilatérales faites jusqu’à présent, notamment par Madame von der Leyen, n’ont ni réduit l’imprévisibilité ni renforcé la stabilité de la relation transatlantique.

Au contraire, nous sommes confrontés à une critique explicite de l’UE et de ses institutions, ainsi qu’à une attaque concertée contre nos gouvernements démocratiquement élus, avec l’intention déclarée de porter au pouvoir des mouvements populistes extrémistes qui nous conduiront vers une Europe divisée par les nationalismes, vers la fragmentation, la faiblesse et la vassalité.

Cette « Stratégie de sécurité nationale » vise, en soutenant explicitement les acteurs d’extrême droite et nationalistes qui nient nos droits fondamentaux, à saper les fondements du projet européen, une Union démocratique de plus en plus étroite, fondée sur des valeurs et l’État de droit, et la capacité de l’UE à les défendre.

Les dirigeants européens doivent donc tirer les conclusions qui s’imposent : notre sécurité et notre défense, notre prospérité et notre démocratie ne peuvent être préservées que si nous unissons nos forces politiques, démocratiquement, au niveau européen.

L’autonomie stratégique est une nécessité absolue.

L’Europe, dotée d’un État fédéral, pourrait assumer l’entière responsabilité de sa sécurité et de sa défense, défendre ses intérêts et ses valeurs fondatrices, tant au niveau interne que sur la scène mondiale. L’Europe fédérale aurait une plus grande crédibilité en partageant la souveraineté avec ses États membres, tout en poursuivant une coopération politique et économique renouvelée avec les États qui partagent les mêmes principes.

Ce n’est qu’en réaffirmant son attachement à un système de gouvernement démocratique, aux droits de l’homme, à la prospérité économique et aux droits sociaux que l’Europe pourra renforcer la cohésion sociale et la résilience démocratique face aux tentatives visant à nous diviser et à nous disperser.

En outre, l’Europe peut et doit prendre acte de la fin des garanties que lui apportaient les les États-Unis d’Amérique dans le système multilatéral mondial. Elle doit soutenir activement le droit international et protéger les organismes multilatéraux tels que l’ONU.

Une condition préalable à la puissance géopolitique et à la sécurité sociale est la création d’une Europe plus compétitive capable de garantir la prospérité commune des Européens.

La mise en œuvre intégrale des rapports Letta et Draghi sur l’achèvement du marché unique et la compétitivité européenne d’ici 2028 est urgente en vue d’aider l’UE à atteindre cet objectif.

Une Europe compétitive est aussi une Europe durable ; les efforts visant à simplifier la législation de l’UE ne doivent pas se traduire par le démantèlement d’éléments fondamentaux des protections environnementales et sociales.

L’UE n’étant pas un État européen fédéral, il n’entre pas dans ses compétences de financer des biens publics véritablement européens, notamment dans les domaines de la défense, de la recherche et de l’innovation, du logement, de l’éducation et plus généralement l’acquisition de nouvelles capacités, tout en préservant la cohésion régionale et la politique agricole. Toutefois, le rétablissement de la compétitivité et la modernisation du budget ne suffiraient pas pour construire une Europe géopolitique.

La défense n’est pas une compétence de l’UE : les dispositions de l’article 42 du traité sur l’UE ne conduiront à une défense commune qu’après que le Conseil européen, statuant à l’unanimité, en aura décidé ainsi, ce qui est illusoire. La défense ne peut relever que d’un État, d’une Fédération européenne. Il est devenu évident que l’on ne plus plus se permettre d’attendre plus longtemps pour établir cette Fédération, dont le budget devra être financé par des ressources propres ambitieuses et authentiques. Les Européens et les États disposés à créer une défense européenne commune doivent donc décider rapidement de se fédérer. Il faut reprendre courageusement le projet européen d’origine, abandonné depuis 1955, celui d’une Fédération, au sens des Federalist Papers de 1788.

Les dirigeants européens doivent faire preuve d’une ambition pour l’Europe et d’un leadership politique qui transcendent les intérêts nationaux et les aspirations politiques personnelles. La règle de l’unanimité doit disparaître : elle aboutit à ne pas prendre les décisions pourtant nécessaires, dès lors qu’un veto est formulé par un ou plusieurs États membres. Le pouvoir de bloquer les progrès élimine toute incitation au compromis et à la recherche d’un consensus. Dans tous les systèmes démocratiques, les décisions sont prises à la majorité. Si nous n’avons pas le courage de relever ce défi, nous serons contraints d’accepter que le destin du monde soit décidé sans nous, sous l’autorité politique de Donald Trump, dans un partenariat ambigu avec Vladimir Poutine et Xi Jinping.

Nous entendons donc reprendre l’objectif d’une coalition pro-européenne renouvelée, organisée, transversale et interinstitutionnelle, qui réunisse les États membres les plus engagés au sein du Conseil européen, les majorités pro-européennes au Parlement européen et dans les parlements nationaux, la Commission européenne, les autorités régionales et locales et la société civile pro-européenne.

Ensemble, nous nous mobilisons pour construire de toute urgence, à côté de l’UE chargée de l’économie, une Fédération européenne démocratique, souveraine, présente activement et fièrement sur la scène internationale, apte à dissuader les potentiels agresseurs.

Bruxelles, le 18 décembre 2025

 

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